Elle ouvre la porte, me fait entrer.
Nous entrons directement dans le salon. J’aperçois la cuisine par une porte entr’ouverte. Une autre porte fermée donne sans doute sur la chambre.
Visiblement c’est le poulpe qui a la main sur la déco.
Du conforama revisité par un stark dépressif ou nostalgique du populaire des années quarante.
Au point où j’en suis…
Et mes boyaux qui se subliment – dans le sens scientifique du terme, à savoir passer d’un état solide à un état gazeux- de plus en plus.
« je m’absente juste deux minutes, en attendant vous pouvez vous servir à boire, c’est juste là. Moi je prendrai un whisky. » Elle me désigne un placard de couleur incertaine au fond du salon.
Je ne suis pas le seul visiblement à subir les effets du couscous.
Le petit grain de semoule m’apparaît. Il pèse trente tonnes cette fois-ci, et part dans un rire aussi monstrueux qu’angoissant. La vengeance de la semoule, mille tonnes de semoule en vrac s’abattent sur moi.
Je sers deux whiskys.
Quand la fille ressort, elle me semble consternée mais affiche vite son sourire N°32 bis.
« Vous avez trouvé »
Je lui répond en soulevant mon verre.
« très bien. »
Silence.
« je… je … vous savez, c’est la première fois que je rencontre un homme sur meetic… ce n’est pas facile facile hein… »
Va falloir que je passe aux actes. Je ne peux pas reculer.
Je l’enlace presque malgré moi.
Je l’embrasse.
Le poulpe me domine, m’observe. J’aurais bien envie de lui en coller une.
La nana baisse le nez, rougit et me montre la porte close.
« c’est là » chuchotte-t-elle.
A cet instant elle a seize ans.
Je lui prends la main, ouvre la porte.
La chambre est dans la pénombre et ce n’est pas plus mal.
Mon corps hormonal a tout d’une super baballe enfermée dans un mixer.
Et mes intestins tout d’une centrale nucléaire en détresse.
Je serre les fesses et contient les gaz.
Je tenterais bien une petite libération silencieuse, mais l’affaire me parait trop risquée. A ce point de pression, on ne sait jamais comment la surpression peut agir. Non, je préfère prendre le risque d’exploser tout entier dans cette chambre paumée dans le onzième plutôt que perdre l’honneur.
Je déshabille la fille qui commence déjà à gémir.
Soit son corps hormonal est affamé, soit ce sont ses intestins à elle qui la font couiner.
Puis c’est un gargouillis phénoménal.
Elle fait mine de rien.
Je l’allonge.
Elle s’empresse et me retrouve bientôt avec le pantalon sur les genoux.
Un éclair de lucidité me traverse l’esprit.
La capote !
J’allais commettre l’irréparable.
Je lui demande un peu de lumière.
C’est une veilleuse qu’elle allume.
Je n’y vois pas grand-chose.
Et j’appartiens à cette génération qui jamais n’a porté de capote.
Presque à tâtons je cherche l’enveloppe en alu.
Je trouve.
Je parviens à la déchirer sans trop de mal.
Je prends le bout de caoutchouc.
J’essaie de l’enfiler. En vain.
Je déroule un peu.
C’est une capote de lutin ou quoi ?
J’arrive finalement à la dérouler un peu avec la sensation d’une amazone que trois cents kilos me sert la chose dans son poing d’acier.
C’est quoi ce truc ?
« Tu viens chéri ? »
Chéri ! Manquait plus que ça !
Je m’estime presque prêt quand la capote glisse et s’échappe.
Elle pendouille lamentablement comme un vieux drapeau fripé au bout de mon organe.
Merde de merde !
Je l’étire en tout sens.
Elle gagne en élasticité et je parviens à l’enfiler complètement.
Pourvu que sa tienne.
« Chériiiii ? »
Mais ta gueule toi et ton poulpe !
« me voilàààà…. »
Je veux en finir vite.
Mes tripes en vrac, le poulpe, la nana, mon corps astral que je dois récupérer je ne sais où, s’en est vraiment trop !
La nana m’attire à elle et c’est quand j’entre en elle qu’elle lâche son premier pet.
Nous simulons la surdité.
C’est un morse étrange qui s’ensuit.
J’essaie vainement de découvrir une symbolique cachée histoire de m’occuper l’esprit. Une symbolique, un sens secret comme certains astrophysiciens tentent de découvrir des logiques aux signaux qu’ils captent avec leurs radiotélescopes.
J’abrège.
La nana s’endort.
Je l’observe un instant et me rhabille.
Je lui griffonne un mot en lui rappelant mon numéro de téléphone. Lui expliquant aussi que j’ai une réunion tôt demain matin.
Je sais qu’elle ne me rappellera pas.
Ça m’attriste autant que ça me rassure.
En sortant, je me regarde dans le miroir de pied fixé sur la porte d’entrée. Je suis tout gris. A tel point qu’il me semble disparaître dans la pénombre.
Il fait froid dehors.
Si la soirée me porte à la nausée, je ne peux m’empêcher de ressentir une forme de tendresse pour cette fille. Ça doit être ça la compassion. Je me demande aussi si on peut éprouver de la compassion pour soi-même.
Le couscous a fermé ses portes. Seule la jeune serveuse passe le balai dans le resto.
Je crois que je vais rentrer à pied et me dissoudre un peu dans la nuit jusqu’à demain matin.
Peut-être bien que mon corps astral m’attend déjà chez moi.
E X C E L L E N T……
Très bon! Merci pour cette “soirée couscous” comme si on y était… partagée entre l’envie de te crier “barre toi” et de bien rire à tes dépends et à ceux de madame Poulpe.
Enorme, merci pour cette envolée lyrique!
Au plaisir de vous lire
Ca sent le…vécu ???
Vos écrits pourraient avantageusement être adaptés au format BD… Qu’en pensez-vous ?
le vécu? ou le vaincu…
le vin cul !
Il y a longtemps que je n’avais autant ri!
C’est marrant le couscous me fait le meme effet…. sur mes intestins!!!!
J’espere que tout est digéré.
Au plaisir de vous lire ,dans je vous le souhaite de meilleures aventures!
Intéressant…. un coté sordide qui rebute , qui dégoute et curieusement on lit quand meme, on va jusqu’au bout, …jusqu’au sourire ,meme. j’y vois un coté, aussi, assez scato,trés réaliste.
D’accord avec Kataar pour l’idée d’une aventure BD!!
Conseil, pour votre prochain RDV Meetic, en plus d’éviter le couscous pour les flatulences désastreuses, évitez aussi les artichauds, les raclettes, les haricots, la viande trop rouge, les poivrons…
Ah !!!! mais je t’assure qu’aucune de mes aventures meetic ne s’est passée ainsi !
)
Ton talent est toujours présent, j’adore ton style humour ! je me régale autant qu’avec ton style romanesque !…. alors mon verdict est le bon : tu as tous les talents !
Allez, je te l’avoue, tu es mon écrivain préféré avec Cauvin !
Soyons sordides jusqu’au bout :
Vu que tu ne parles pas d’odeur, ne peut il pas s’agir du célèbre “pet de foufoune” ?
Voir : http://forum.aufeminin.com/forum/couple2/__f163169_couple2-Pet-de-foufoune.html
Auquel cas, c’est quand meme un grand classique qui n’a pas grand chose a voir avec le couscous …