L’Equateur de Balek

Journal intime humoristique & blog humour d’un quadra sur les relations femme homme

Dilemme & arbeit. – Episode 12

Posté par equateurdebalek le octobre 17, 2007

Je recherche du boulot.

Deux pistes aujourd’hui : l’une dans une boîte d’intérim, l’autre qui fait suite à une annonce scotchée à laquelle j’avais répondue plus par principe que par réelle motivation.

La boîte d’intérim tout d’abord.

Je regardais ce matin les petites annonces dans une vitrine d’une agence Manpower.

Ça donnait quelque chose comme ça : soudeurs, conducteurs de travaux, mécanicien, poseur de parquet, standardiste, téléprospecteur.

Standardiste pourquoi pas ?

Téléprospecteur aussi.

Je ne veux pas lâcher mon objectif cette fois-ci. Vivre de ce que j’écris. Un boulot qui ne me prend plus douze heures par jours donc, et qui me laisse l’esprit libre de vivre et donc d’écrire.

J’ai depuis quelques mois mis mes ambitions de cadre au placard, l’expérience me rendant aujourd’hui plutôt nauséeux.

Et puis je les vois tous les matins dans le métro ces gars et ces filles, ficelés dans leurs costumes et leurs tailleurs mal coupés, je ne distingue dans le regard qu’une peur sournoise qui les bouffes de l’intérieur, comme les fourmis le font pour les mantes religieuses.

Mais j’y reviendrai plus tard.

« Je peux vous aider monsieur ? »

La patronne de l’agence d’intérim fume sa cigarette sur le pas de la porte.

« oui, peut-être bien… »

Quand quelqu’un me propose de m’aider question boulot et que ce même quelqu’un à l’intention de se faire du fric sur mon dos, j’ai pris le réflexe de rester circonspect.

« …je cherche du boulot ».

-          Quel domaine ?

C’est toujours là que ça se complique.

« n’importe lequel, du moment que je gagne ma vie et que je peux écrire.

-          vous avez quelles qualifications ?

-          bien… j’ai longtemps bossé dans le marketing et la pub comme directeur de service, directeur de clientèle et consultant, je suis spécialisé dans la grande distrib, je connais très bien le marché des produits culturels, je maitrise pas mal internet, j’ai été commercial grand compte et vendeur sur un marché, j’ai créée ma boîte dans la presse, j’ai dirigé un syndicat viticole, que dire d’autre… ?

-          vous recherchez dans le conseil donc ?

Merde, ça y est, encore une qui essaie de me bloquer dans une boîte à archétypes.

«  comme je vous le disais, je recherche un salaire qui me permette de manger. Conseil ou pas… ah je suis pompier aussi, alors si vous avez des postes dans la sécurité incendie ou autre du même acabit, je suis preneur. »

Voilà le regard que j’attendais. Deux globes bien ronds qui semblent vous considérer comme un extra-terrestre raté.

« votre profil m’intéresse…

Surprise !

-          j’ai un poste que je n’arrive pas à pourvoir en ce moment. Formateur pour un logiciel dans la grande distribution. Ça ne vous gêne pas de travailler de nouveau dans la distribution ?

Bien sûr que ça me gêne de me bouffer encore de l’épicier! Mais est-ce que j’ai le choix ?

« faut voir… »

La fille me donne sa carte en me demandant de lui envoyer un cv par mail.

Elle l’aura dans l’après midi.

La petite annonce scotchée sur la vitrine.

Quelques minutes plus tard dans le métro. Mon téléphone vibre. Un numéro que je ne connais pas. Je ne réponds pas. J’écouterai le message dehors.

« Monsieur Balek, vous avez déposé votre cv dans notre boutique du 8ème. Je vous rappelle pour fixer un rendez-vous. Pouvez-vous rappeler madame machin bla bla bla… ».

Celle-là, je ne m’y attendais pas.

J’avais déposé mon cv avant-hier et déjà un appel et un rendez-vous.

Le hic est que c’est boutique est un sex-shop.

Pas une boutique glauque, sombre avec les cabines vidéo et tout ça.

Non.

La nouvelle génération de sex-shop, au design très clinique, presque classe.

Je m’imagine un instant patron d’une surface de vente dédiée à la lingerie et au sexe.

Comment dire ça à mes bambins ?

« il fait quoi ton papa ?

-patron de sex-shop… »

Pas mal à l’école.

Commerçant, ça devrait mieux passer.

« Et il vend quoi ? »

Merde !

Cela dit en y réfléchissant bien, le vin dans le genre c’est pas mal aussi dans le genre. Et j’ai fait, il y a quelques temps la promotion d’une quinzaine d’appellations.

Comme pompier j’ai relevé des types qui s’étaient vomi dessus, fracassé le crâne chez eux ou dans la rue, désincarcéré des mères de familles et leurs gosses, séparé des genoux des tableaux de bord sans plus trop savoir où était quoi, vu crever des gars et des filles avec une balle dans le bide ou dans la tête, parfois des couteaux… bref j’ai pu voir tout ça et jamais le sexe en était la cause.

Le pinard oui.

Alors je me dis qu’il n’y a pas plus de honte à bosser dans l’univers du cul que dans celui du pinard.

Je me dis que cet univers peu me donner de la matière à écrire. Bien plus que n’importe quel boulot de formateur chez les épiciers.

Je me dis qu’il faut que je bouffe et que le premier boulot que je trouverai fera bien l’affaire.

Et puis je me dis que cette fierté de bosser pour des grosses boîtes, cette fierté de faire du fric pour se coller des crédits de grosses bagnoles, cette fierté d’avoir des cartes de visites grosses comme des affiches, et bien cette fierté elle m’emmerde tant j’en ai soupé.

J’en suis à cette étape de ma réflexion quand j’appelle la madame machin.

Le rendez-vous sera bientôt fixé.

5 réponses vers “Dilemme & arbeit. – Episode 12”

  1. Kataar a dit

    Un autre angle pour aborder le dilemme qui vous accable, c’est “la bourse ou la vie” !

  2. magalaille a dit

    pour avoir bossé dans le domaine du Q – en TBTH – et vivre maintenant grâce au vin, la chose que j’en retiendrai c’est que l’important réside dans les personnes qu’on côtoie… pourquoi ne pas tenter l’aventure ? toute expérience est bonne à prendre, ce n’est pas toi qui me contredira !

  3. giancolini a dit

    La suite!!!!! on veut te voir dans un sex shop!!! Raconte nous..comme l’écrit Kataar, la “bourse ou la vie” ….ton réalisme y prendra….son pied…….ton inspiration y trouvera du piment. C’est du commerce, nothing else!!!
    Tu aspires mon temps, tu me fais rire aux éclats, tu m’émeus et tu m’impressionnes!! et pompier ,en plus…. et un éditeur ,tu as pensé à en rencontrer?? Une personnalité comme toi ,pas classable ,ne peut que séduire! En tous cas ,BRAVO!!!!

  4. bastistouze a dit

    Article bien sympa :)

  5. ValérieC a dit

    quelque soit le sujet, humoristique ou pas, on est toujours ému, cette faculté de nous faires ressentir les choses… Merci.

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