Je suis un des nombreux traumatisés du Père-Noël.
C’était il y a très très longtemps, dans un coin reculé pour ne pas dire paumé de l’héxagone.
Tout à commencé un après-midi d’hiver, alors que je recherchais un racourcis direction les jouets dans l’hypermarché Carrefour de Sainte Savine à côté de Troyes (dans l’Aube oui).
J’étais avec ma mère qui en rien n’aurait pu anticiper le drame qui allait se dérouler quelques instants plus tard.
10 heures 22.
Secteur bazar, rayon balaie de chiottes tout va bien.
Je demande à maman si je peux aller voir les jouets.
“oui, mais tu reste devant le rayon et je te rejoins devant. Pas de bêtise hein?
- naaaan…”
10 heures 23.
Rayon jouets. Plein de gamins comme moi.
Un Père Noël est là. Un fake bien sûr, j’en ai conscience. Hé. Le Père Noël à trois jours de Noël, il bricole encore avec les nains, histoire de charger le traineau, de polir les patins et de fabriquer les derniers jouets.
N’empêche que même si je sais parfaitement que le gus qui est là est un pauvre gars qui gagne sa vie en se collant une fausse barbe, je reste courtois quand il m’aborde. Il a peut-être bien des relations avec le vrai. Je le scanne quand même un peu au travers de sa touffe blanche en coton hydrophile. Il a un gros pif tout rouge, des veines explosées sur les pomettes.
Faute d’avoir froid il doit picoler sec.
Il pue l’alcool.
Un type déguisé en lutin photographe me propose une photo souvenir gratuite.
Le fake noël me prend dans ses bras.
“Photoooo?
Tan que le petit oiseau ne sort pas, ça me va bien. Du relationnel, du relationnel…
10 heures 24.
Le fake noel s’accroupit me passe un bras autour des épaules. Tous les autres gamins entourent la scène, bavant d’envie. Je suis l’Elu. L’Elu de Noël. Le Jesus humain du rayon jouet de Carrefour Sainte Savine.
Le photographe s’accroupit pour me prendre en photo.
C’est la flambe.
Des gamins se mettent à pleurer dans les jupes de leur mère “je veux une photoooooo….”
Des nèfles!
C’est moi et la photo est pour moi.
10 heures 25.
Je n’imagine pas que je suis à quelques secondes du drame qui allait faire basculer la vie de l’innocence à la conscience la plus terrible de la réalité terrestre et gastrique.
Le fake noël pète.
Il lâche un pet démeusuré à la mesure du bide du bonhomme. Un volume gazeux apte à gonfler à bloc un dirigeable format Hindenburg.
Un pet suscpetible de gazer un pays tout entier.
Merde!
Quand on est Père Noël, même un immitateur, on ne pète pas en présence d’innocents.
Un Père Noël, ça pète pas!
“whouaaaa mais t’es dégueuuuu…
Le type s’excuse à voix basse.
“Désolé mon petit, tu sais à mon âge…
Je suis surgazé par son haleine chargé au whisky.
“whooouuaaaaa mais tu pues, c’est pas possible
Je m’écarte.
10 heures 26.
Tout le monde ignore bien le drame que je suis en train de vivre.
Gazée deux fois, c’est mon innocence qui agonise sur la carrelage verdâtre de ce putain d’hypermarché Carrefour.
On s’indigne.
Des centaines, des miliers de gamins qui me font face, je suis le seul, moi l’Elu, à faire un scandale dont tout le monde ignore la cause.
De loin on doit observer un sale môme qui fait un caprice sans trop qu’on sache pourquoi.
J’aurais envie d’expliquer. Les gaz, le pet, l’haleine et tout.
Mais je suis véritablement bouleversé.
Je ne parviens guère qu’à répéter “t’es dégueuuuuuu… pouaaahhh…”
Maman arrive à point nommé pour une extraction en zone de combat.
“Mais qu’est-ce que tu as fait encore…?
Voilà je savais bien que ça me retomberait sur le museau.
Les gens s’écartent sur notre passage.
L’allée humaine de la honte sous le regard haineux et méprisant de millions de mouflets et de millions de mères.
On ne dit pas au Père Noël quil est dégueu.
Ca ne se fait pas à quelques heures du réveillon.
C’est mal. C’est sale.
Le voyage retour se fait dans le silence.
Dans le silence épais et sirupeux de la honte et de la culpabilité.
Ouais, mon innocence devait encore se tordre dans son agonie lente et douloureuse au rayon jouet, peut être même avait elle rampé dans un dernier effort jusqu’au rayon balai de chiotte pour aller crever seule, abandonnée de tous, comme un pauvre chien à l’arrière train brisé par un motard irresponsable irait crever dans une impasse couverte des immondices d’une foule ingorante des méfaits de la surconsommation sauvage.
Je ne croyais plus au Père Noël.
S’il avait existé, il n’aurait pas permis ça.
Tant et si bien qu’aujourd’hui, quand je croise un fake noël, je ne peux m’empêcher de lui souhaiter la pire des crises hémoroïdaires.
Tiens en passant, on peut se poser la question.
Et c’est peut-être là l’essentiel de cet épisode.
Si le Père Noël avait réellement existé et s’il avait eu des crises hémorroïdaires, est-ce que son anus aurait la forme d’un gros donut rose glacé à la framboise (vous savez, de ceux qu’on trouve chez Quick Burger?
Question ridicule?
Pas tant que ça.
Parce que quiconque aura lu ces lignes, quand il croisera un simili père noël dans la rue, pensera à un anus en forme de gros donut rose glacé à la framboise.
C’est ma vengeance.
Pour les siècles et les siècles.
tu m as presque reconscilié avec les fetes de fin d année !!! mdr !!
j’en suis heureux… Joyeux Noël donc…