Je vais fêter cette fin d’année en tête à tête.
En tête à tête avec moi-même.
Face à moi je vais installéer un miroir, je vais m’asseoir devant, et discuter un peu avec moi-même.
Très sincèrement, c’est ce que l’on devrait faire tous les ans.
Loin des étourdissements programmés, des joies entendues, des voeux dont on se bat les cacahouètes.
Parce que les fêtes de fin d’années me dépriment tout autant que Noël.
Je n’aime pas qu’on me dise ce que j’ai à faire, surtout si c’est pour m’entendre dire qu’il est normal de faire la fête, d’être joyeux, heureux, de partager cette grande émotion qu’est la naissance d’une nouvelle année.
Enfin je dis seul.
Pas vraiment.
J’ai bien évidemment convié Amibalek, Long Balek Silver et Business Balek (pour ceux qui prennent l’Equateur en route lire l’épisode 36).
Car la fin d’année, c’est l’occasion d’un conseil des ancêtres.
Je me fais toujours un petit conseil des ancêtres en fin d’année.
Donc je vais dresser ma table, un couvert, un miroir posé face à moi, une bonne bouteille, et deux trois trucs à bouffer.
Et faire le point.
L’année écoulée.
L’année à venir.
Projets à deux trois et cinq ans.
Les trois zozos vont débarquer tôt ou tard et j’imagine assez facilement leurs propos du jour.
Amibalek me rappellera à mes devoirs d’amour. L’Agapé s’entend. Le grand amour, le don de soi, s’offrir à la vie comme elle s’offre à nous blah blah blah…
Business Balek, lui m’invitera à la rigueur dans son costume très dix-neuvième (le siècle pas l’arrondissement), m’appelera à l’épargne (c’est pas gagné), à mes devoirs. Il est clair qu’avec le Business Balek, on va pas rigoler tous les jours en 2009.
Long Balek Silver, pété comme un coin, bouteille de rhum à la main me dira de rentrer dans le tas, de carpediemiser, d’empoigner la seconde quand elle est là.
De tous, c’est peut-être bien lui que je préfère. Il réfléchit peu. Souvent comme un sac sans fond, mais je l’aime bien.
Voilà, ce sera mon réveillon.
Economique, sobre, en famille en quelque sorte.
La fête quoi.
Et le lendemain?
Le lendemain sera un jour de janvier comme un autre. Blanc. Froid. Vide.
Voilà ce que je me disais quand mon téléphone a sonné.
Une inconnue.
“allo?
- Marc?
- nan
- c’est qui?
- C’est pas Marc.
- ah…
- vous êtes?
- j’ai du me tromper de numéro
- sans doute
- excusez-moi
- pas de mal
- au revoir
- salut.
Je me dis qu’elle a une jolie voix. Je tente d’esquisser un physique. Petite brune. Un peu chétive. Tête de pigeon crevé, mais mignonne. Fragile.
Ça resonne.
“allo?
- ah, c’est pas Marc hein?
- toujours pas
- désolée
- pas de mal
- cet enfoiré a du me donner un faux numéro
Là, je me dis qu’il y a quelque chose à faire.
- mmm
- bon bah, je vous prie de m’excuser, je ne voulais
Je l’interromps. Couper la course de l’adversaire et lui piquer son vent.
- c’est qui ce Marc?
- le gars avec qui je devais passer le réveillon.
Evaluer l’opportunité d’un assaut.
- et…?
- je l’ai rencontré la semaine dernière et il a du me donner un faux numéro.
- c’est mal.
- c’est mal?
- c’est mal de s’appeler Marc, de refiler des faux numéros, et de passer le réveillon toute seule
Là, c’est le moment de l’abordage.
- enfin je dis ça vous avez sûrement un plan de secours
- ben non, je suis nouvelle sur Paris, je ne connais personne.
- mmm… Un café. Ça vous dit un café?
- je ne sais pas si je dois…
- en place publique, entendons nous bien. Un troquet que vous choisissez. C’est moi qui vous invite.
- et bien c’est que…
- vous avez autre chose à faire?
- pas vraiment
- bon alors? Vous n’allez quand même pas rester toute seule à cause d’un connard
- …
Elle réfléchit la bougresse.
- ok. mais juste un café.
- juste un café. Dites moi où.
Elle me donne l’adresse d’une brasserie, près de chez elle.
Je suis sur le pont, sabre entre les dents.
- quelle heure?
- treize heures trente?
- treize heures trente.
- on se reconnait comment?
- vous avez mon numéro.
- ben oui hihihihi…
Délicieux petit rire. Le chant d’un canari en plain hiver.
- on s’appelle quand on est sur place, ok?
- ok.
- au fait, c’est quoi votre prénom?
- Suzie
- Suzie?????
- oui Suzie.
- ah…
- je sais c’est ridicule
- un peu. Mais ça a quelque chose de mignon en même temps.
- et vous?
- Balek
- Balek????
- oui, Balek tout court.
- et bien Balek… à tout à l’heure
- à tout à l’heure Suzie.
Ouaaais!
La vie est grande et Marc est un con.
Reste à découvrir la miss.
Mais j’ai confiance.
Et puis je n’allais pas non plus passer le réveillon tout seul, non?
ben oui, faut surtoût pas restr seul un 31 décembre.
Bravo Balek, faut pas la laisser passer celle là. MDR !!!
Bon réveilon Balek !!!
Le Balek acariatre aurait dit que si Marc a donner un faux numero, c’est qu’il a une bonne raison !!!
Exact. Mais il y a des moments où on préfère bon public et plein d’espoir.