Soldes d’hiver monstres sur le rayon femmes, L’Équateur de Balek, Épisode 104

J’entre dans le Cochon qui se régale donc.
Et aperçois Suzie.
Mignonne.
Frêle.
Un regard un peu triste qu’elle lève sur moi.
Sourire triste aussi.
“j’espère que ce n’est pas moi qui vous rend triste?
- on se vouvoie?
- oui, pourquoi pas. Je trouve ça délicieusement indécent.
Ne pas perdre de vue le process de vente (cf article 28). Créer l’empathie.
Suzie  sourit.
Checkpoint n°1 : ok.
“Je m’appelle Balek, j’ai 43 ans, je suis célibataire, et je suis bien partie pour passer le réveillon tout seul.
Présentation. Checkpoint 2. ok.
Etape : déshabillage du client.
“et vous?
Elle me répond sur le même ton badin que j’ai moi-même employé.
- je m’appelle Suzie, j’ai 28 ans, je suis à priori célibataire et suis bien partie, aussi, pour réveilloner toute seule.
- triste?
- je ne sais pas. Sans doute que oui.
Au moins elle ne se met pas à chouiner, à pleurer, à hurler, à se lacérer le visage, à se planter des fourchettes dans le dos. Non tout est cool.
À moins que…
Un type qui ne rappelle pas une fille comme ça, non qu’elle soit extraodinaire de prime abord, c’est louche.
Peut-être est-ce une maniaque.
Une serial killeuse qui entre en contact avec ses victimes par téléphone tous les 31 décembre.
Peut-être fait-elle partie d’un groupuscule terroriste ou mafieux.
Peut-être prépare-t-elle mon enlèvement pour le compte d’un réseau de traite des blancs?

Peut-être est-ce une solde?

Un article invendable que son mec tente de refourguer tous les ans.
Un article avec un énorme défaut, un vice caché.
Peut-être est-ce une hurleuse, tiens.
J’ai peur des hurleuses.
C’est lié à un traumatisme de mon adolescence.

J’étais encore gamin quand ma copine m’invite chez elle. Elle s’appelait Sophie.
Quand je dis chez elle, c’était en fait chez ses parents.
Elle m’invite pour dîner donc.
Elle habitait à la campagne et je n’avais aucun moyen de transport.
Ses parents m’invitent donc à dormir sur place.
Pourquoi pas?
Je n’avais ancore jamais couché avec la miss, et je le regrettais aussitôt que Sophie franchit la porte de la chambre d’amis. Notez au passage que cette chambre d’amis jouxtait la chambre des parents.
Quelques minutes plus tard survenait un drame qui allait me traumatiser à vie.
À peine l’avais-je pris dans mes bras et avais commencé à l’entreprendre, voilà que Sophie se met à hurler.
À hurler véritablement je veux dire.
Un cri affreux.
Lugubre.
Sonore surtout.
AAAAAOOOOOUUUUUUUUUU.
Zeus!
Etais-je tomber sur une louve-garou?
À tout hasard j’allume la lumière avant de lui plaquer la main sur la bouche.
AAAAAOOOOUUUUMMMMPPPPFFFFFFFFFFFFFF.
“chuuuuut…..
— mmmpppfffff…
- tu me promets de plus crier hein?
Hochement de tête.
AAAAAAOOOOUUUUU…
J’ai du passer une des pires nuits de toute mon expérience amoureuse. Hormis Sylvi la femme poulpe bien entendu. Les lecteurs fidèles l’auront compris.
Une nuit blanche, sans sommeil.
J’imaginais les parents juste à côté, en train de se chuchoter les tortures prochaines qu’ils allaient me faire subir.
C’est qu’un adolescent, c’est impressionable!
Mais le pire de tout fut le lendemain matin.
On accédait à a chambre d’ami, par un grand escalier qui menait directement à la cuisine de la maison.
Une cuisine américaine.
N’ayant pas fermé l’oeil de la nuit, je descends ces escaliers vers six heures, histoire prendre un café et de préparer un plan de défense pour le petit matin.
Et là, en bas, juste en bas, accoudé au bar de la cuisine, le père de Sophie tournant maniaquement une cuillère dans sa tasse de café.
Ma seule pensée fut à cet instant : oulalala, merde…
Je songeais bien à remonter quatre à quatre et à me barricader dans la chambre.
Mais c’était trop tard.
Il avait posé le regard sur moi et ne me lâchait plus.
Ce n’étaient pas des yeux qui suivaient chacun de mes mouvements, c’étaient les deux mitrailleuses lourdes d’un B17 qui visaient un ULM.
Il se produisit alors un phénomène étrange.
L’escalier s’allongea, s’étira jusqu’à mesurer plus de deux kilomètres de haut.
Les marches elles aussi s’élevaient. Un mètre de haut chacune presque.
L’escalier n’en finissait pas.
La cuisine s’éloignait et s’éloignait encore.
Il me faudrait bien deux heures pour l’atteindre sous ces deux points noires et mauvaises qu’étaient les yeux du père. Il me semblait même distinguer des éclairs rouges dans ces deux pupilles d’acier.
Bien évidemment j’ai atteins la cuisine.
Il m’aura fallu trois heures (la perception est relativce me direz vous), mais me voilà face à papa qui touille encore son café.
“ah heummm… bonjour monsieur.
- bonjour,
- heuuu… mmm bien dormi?
- mieux que toi visiblement.
Trente stalactites de glace se fichent dans ma colonne comme autant de lances congelées.
- tu veux un café?
- ah un café…
- ben oui un café
- heu, oui.
L’incident était clos avant d’avoir pris naissance.
J’avais beau le sonder, l’observer sous toutes les coutures, l’observer sous tous les angles le père de Sophie n’avait sincèrement pas l’air de m’en vouloir.
Plus tard, Sophie m’avouait qu’il était sourd comme un pot.

- et vous
- hein?
- ben et vous?
Suzie me pose une question là.
Pas bon.
À me perdre dans mes pensées et mes traumas, je n’ai pas écouté une seconde ce qu’elle m’a raconté.
Va falloir rattrapper le coup, si je ne veux pas réveillonner tout seul.

One Response

  1. haaaaaa toi aussi tu zappe la realite pour aller voir ce qui se passe a coter dans le monde des pensees et autres reverie.
    Ca passe generalement mal lors d’un rdv.

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